Memorial Drive Bridge - les noeuds de la Pythie

Invité

MessagePosté le: Lun 28 Juil 2014 - 13:39
*Je vis un cauchemar.* Wesley Dodds vomit sur la berge. La gouttière déverse les restes de sa collation de minuit, jusque dans la rivière, puis le vaste océan. Nul n'est important. Grains de sables dans la grande machine de l'univers. Mais parfois, un grain de sable vient se loger entre les engrenages. Un mauvais grain, qui vient à faire dérailler toute la logique de notre monde. Le jour devient nuit, le bien devient mauvais. Le criminel prend la place des champions. Wes est dégoûté par l'ascension de Luthor au bureau ovale. Rien ne semble lui faire accepter cette vérité.

Pourtant il sait que le président est désormais celui qui a régné sur la prison de Stryker's comme sur le Central Business District et la Légion des Super-Vilains. Il sait pertinemment que les arguments de l'homme ne sont pas sans partisans. Nul n'ignore que la population a ses secrets, ses petites faims de pouvoir. Chacun a quelque chose à cacher, un petit secret, un péché à l'origine de celui qu'il est aujourd'hui. Et si nous ne sommes pas tous à même de bâtir une carapace de plomb autour de nos horribles et minuscules petits secrets, Luthor lui, incarne la lutte contre la vision exacerbée du soi-disant Ange de Métropolis.

Wesley était à Washington en 1963, lors de la lutte pour les droits civiques, lors du discours de Martin Luther King. Il tient pour une évidence en soi que tous les hommes sont créés libres et égaux. Il refuse les privilèges sournois du serpent chauve. Mais les super-pouvoirs, les privilèges des créatures qui vivent sous le soleil ou rôdent dans la nuit, le mettent également mal à l'aise. Il a ses propres doutes et sa culpabilité du survivant. Il n'aime pas que quelqu'un comme Kal El dispose d'autant de pouvoir et d'autorité morale. Mais jamais il n'aurait voté pour un monstre comme Luthor. De vieilles affiches électorales ornent encore les murs historiques du fleuve de la cité. Le gladiateur granuleux ne peut soutenir la vue de ce mal qui, bien qu'il y soit opposé, trouve quelques échos dans son propre palpitant. Il se dégoûte, la ville le dégoûte. Le voilà qui rend son dessert, puis s'essuie la bouche d'un revers de son imperméable.

Il titube parmi les alcooliques et les indigents de ce monde. Salue ceux qui n'ont rien que le coeur écorché qu'ils portent en bandoulière, battant une chamade ivre et défoncée. Personne ne semble le remarquer. Wes a pris l'habitude de faire tapisserie en toute sorte de compagnie. Avec son physique quelconque, peu menaçant et sa naturelle retraite, son attitude qu'il adapte à ceux qu'il est forcé de côtoyer pour aider le monde. Voilà où il vient échouer, le rêve américain. Sans parler des parcs de caravanes où vivent les anciens de la classe moyenne de ce pays, la noirceur des coeurs et la crasse dans nos artères vendue à prix de marque dont on a oublié de se passer. Quelque chose cloche avec le rêve américain. Né avec une cuiller en argent dans la bouche, le vieux Wesley a vu l'exposition universelle de 1938 avec de grands espoirs pour sa nation et le monde. Manque de bol, l'inconscient collectif de l'humanité a sombré dans l'apathie et le poison des siècles.

Descendant le long du goulot de déversement, le vieux rentier en costume élimé se fraie une voie vers le pont qui fait l'objet de sa recherche. Ses pas sonnent et résonnent sur d'étranges pièces de cuivre disséminées sur les pavés. Le voilà au fond du puits des vœux pieux, quelqu'un ici est un objet de requête, peut-être de vénération. Il sent qu'il se rapproche. La personne qu'il a vu dans ses rêves, qui l'a vu aussi, se trouve non loin d'ici. Sous le pont du mémorial. Des énergies semblent se dégager, ou disparaître dans la vacuité ; Dodds ne saurait le dire, il n'a jamais fait un très bon occultiste malgré l'étrangeté de sa vie et les longues séances de méditation. Il scrute, hume, guette. Pourtant la cible de son attention demeure immobile, en un sens elle n'a jamais bougé. C'est ce qui fait sa force et sans doute sa vulnérabilité. Ce soir, Wesley n'a pas enfilé son masque à gaz. Il ressent toutes les effluves de rage et de mal de vivre qui envahissent le quartier. La personne qu'il recherche est là, assise à jouer avec des boules de gomme.



"Tu es venu."

"Comme tu me vois."

"J'ai... Quelques difficultés à voir le temps présent."

"Mais tu sais désormais que je suis ici."

"J'entends ce qui t'amène. Tu ne trouveras pas tes réponses ici."

"Mais, oracle..."

"Je suis la Pythie. J'appartiens à Apollon."

"Mais Morphée..."

"Morphée n'a aucun droit sur moi."

"Nous sommes pareils."

"Peut-être. Mais mon rôle n'est pas de t'aider. Mon destin n'est pas... "

"Oh. Tu... Appartiens à Destiné."

"Je t'ai dit qu'il s'appelait Apollon."

Wes savait que même les augures les plus puissants pouvaient être limités par leur perception de la réalité. Manifestement, la pythie ne connaissait pas les Sans-Fin. Elle ne les comprenait pas, ne les acceptait pas dans sa vision de la réalité. Elle était encore dans l'allégorique caverne. Apollon, Morphée, tous les dieux, les religions, étaient des aspects de la vive réalité des Sans-Fin. Celui qu'il nommait Morphée n'était après tout qu'une façade pour représenter Dream, des Sans-Fin. Il jeta une pièce à la jeune fille pour sa peine, un Louis d'or glâné au fil de ses aventures. C'était beaucoup de choses pour une si maigre entrevue, mais il payait à hauteur de ses ressources, comme la bienséance l'exigeait. Bien qu'il ne soit pas de ceux qui monnayaient leurs services, la piété de la Pythie le touchait et ne pouvait rester sans offrande. C'était l'ordre des choses. Ce qui, en un cycle bien huilé, lui rappela que l'ordre avait été troublé. Il devait trouver non seulement les autres oracles touchés par Morphée et ses aspects, mais aussi quelque chose, quelque chose de plus spécifique, de plus essentiel et propre à cette terre. Il devait trouver l'esprit américain. Décidément, rien ne tournait rond, si ce n'était cette poule sous un mur, qui pérorait entre ses dents dures.

"Adieux, voyante."

"Puissent les vents solaires porter ta quête vers la vérité qui libère."

"Oui, à une prochaine."

Rien comme une manifestation de la grâce divine ne mettait Wes dans ce genre de colère sourde. Impuissance, frustration, énervement. Il était encore parti pour de mauvais rêves, et le pire, c'est que c'était bon pour ses affaires. Sa bouche se tordit en un sourire plein d'ironie. Lui, un Canadien et citoyen du monde, devait retrouver l'esprit américain pour lui régler son compte. Et dire que durant ses bons jours, l'arthrose l'empêchait de former un poing serré.

"Quelle vie..."

Plongeant ses mains dans les poches profonds de son imperméable, il en ressortit un papier chiffonné. Ecrire durant ses rêves, voilà ce qui lui restait qui le rapprochait de sa chère Dian. Si elle le voyait. Il pensait à écrire un journal, mais sans doute le faisait-il déjà, dans le monde du rêve. Si un jour il venait à croiser à nouveau Dream ou Morphée, il lui demanderait si il était possible de réorganiser un peu tout ce foutoir, ne serait-ce que pour retrouver ce qu'il laisse là-bas.

En déchiffrant ses pattes de mouche frénétiques d'homme somnambule, il comprit qu'il n'était pas à Gateway pour l'oracle. Ou en tout cas, pas comme il le croyait. Et puis, il se demandait s'il commençait à devenir maboul, ou tout du moins sénile. Ne pas se souvenir de ses rêves, pour un prophète de la nuit, c'était vraiment le début de la fin. Il semblait d'après ses notes d'onironaute que l'ARGUS ou ce qui en restait, était lié à l'acquisition du Rubirêve de Morphée. Et quel meilleur moyen que la ville de Checkmate pour s'informer sur l'agence à la plus courte durée de vie de l'histoire des Etats-Unis ? D'autant plus que c'était l'ancienne ville de résidence de Wonder Woman, celle qui avait donné à Steve Trevor sa chance de briller dans le monde de la diplomatie militaire et le soutient aux surhumains. Poursuivant ses déambulations nocturnes, Wesley vit que ses pattes de mouche semblaient dessiner un plan ou une forme pour représenter des choses de la ville. Il ne s'attendait cependant pas à ce qui lui tomba dessus, ou plutôt à qui...

Il n'eut guère que le temps d'enfiler son célèbre (?) masque à gaz, celui qui faisait de lui Sandman.
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