[4ML] Douceur empoisonnée [PV Poison Ivy]

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MessagePosté le: Lun 23 Oct 2017 - 0:36
 « Je n'ai besoin de personne... en Harley Davidson ! »

Ponctuant la chanson française d'un coup de masse, la jeune femme catapulta dans les airs le gobelet McDonald's abandonné qu'elle venait de trouver. Ledit récipient fit plusieurs embardées dans les airs avant de finalement terminer sa course dans l'herbe, un peu plus loin, alors même que Harley répétait à nouveau les mots prononcés plus tôt, avec un accent américain qui déformait beaucoup les mots français. Elles avaient entendu tout à l'heure, dans une radio.

Harley c'était son nom. Davidson c'était un autre nom. Pas français. Harley Davidson c'était une moto. Harley Davidson ça faisait jeu de mot. C'était rigolo.

Un rire la secoua, alors qu'elle voyait un autre gobelet. Brandissant sa masse volée sur un chantier un peu plus tôt dans la soirée, elle mima la position d'un golfeur, tout en dandinant son fessier, puis avec un grand bruit, l'envoya valdinguer plusieurs mètres plus loin. Un autre rire naquit dans sa gorge, rire qui s'étouffa aussitôt pour être remplacé par un cri hystérique de petite fille, lorsqu'elle vit où elle se trouvait : une aire de jeux pour enfants, entourée de petits jardins aux bonnes senteurs – mais ça, on s'en foutait. L'important, c'était les jeux ! Et en plus, on était le soir, après la fermeture, donc il n'y avait plus personne !

Oui, Harley s'ennuyait. S'ennuyer voulait dire faire des bêtises, voulait dire errer dans Gotham sans but. Faire des bêtises voulait dire s'amuser sans conviction.

Les jeux signifiaient s'amuser vraiment, comme une enfant.

 « Une souris verte, qui courait dans l'herbe ! Je l'attrape par la... oh un billet ! »

Se penchant ostensiblement et exagérément, elle prit le billet à ses pieds, le retirant de sous sa bottine gauche. Il étai crade, et pas beau, donc elle le jeta. Les jeux étaient plus importants, de toute façon ! Alors il fallait qu'elle joue. Et puis, en plus, elle avait le droit ! C'était Halloween en ce moment, donc quelqu'un comme elle, c'était un déguisement parfait. Il n'y avait que Batman le trouble-fête qui puisse venir l'embêter un soir pareil. Sauf qu'elle faisait rien de mal là !

 « T'as pas intérêt à venir m'emmerder, Batou. »

Batman signifiait pas drôle. Pas drôle voulait dire que Harley s'amuserait pas avec les balançoires. Harley, son nom, c'était Harley.

Elle s'approcha des balançoires, laissant tomber avec nonchalance sa masse sur l'herbe. Elle choisit la selle rouge, car les autres étaient bleues et vertes, et elle aimait beaucoup moins. Bleu c'était bien, mais pas autant que rouge ou noir. Et vert... vert c'était Sa couleur. Et ça, c'était pas cool. Avec un grand sourire, suivi d'un petit rire, la jeune femme se mit doucement à se balancer, retrouvant un plaisir enfantin qu'elle avait oublié depuis longtemps. Avait-elle jamais connu le plaisir d'aller faire de la balançoire ? Elle ne s'en souvenait pas. Elle n'en avait aucune idée.

Harley, son nom c'était Harley.

Elle continuait de s'amuser tant et si bien qu'elle finit par être morte de rire toute seule, s'imaginant toute seule des situations incongrues. Elle se sentait soudainement libre, prête à s'envoler tel un oiseau, et pourtant elle savait que si elle essayait, elle allait s'écraser comme une merde dans l'herbe, et peut-être même se faire très mal. Mais ça serait drôle, d'essayer ! Nan, pas drôle. Dangereux.

Dangereux voulait dire se faire très bobo. Se faire très bobo signifiait ne pas s'amuser.

Il y avait définitivement un plaisir incroyable à faire de la balançoire. Mais petit à petit, alors même que ses pensées s'écartaient d'elles-même vers des souvenirs enfouis profondément, la jeune femme diminua son rythme. Les chaînes se mirent à grincer beaucoup moins, la pression exercée par son poids se calmant peu à peu alors qu'elle ralentissait, finissant par à peine décoller du sol avec ses pieds, et alors même que le rire mourrait. Au final, des fragments de souvenirs remontaient à la surface, émergeant par flashs, reproduisant dans sa tête des scènes d'une enfant jouant à la balançoire avec ses parents et ses frères.

La balançoire s'était arrêtée, alors qu'elle était avachie sur elle-même, ses cheveux tombant sur son visage sans qu'on puisse distinguer ce qu'elle regardait ; le sol ou ses jambes. Quelque chose tomba entre ses bottines, sur l'herbe.

Harley, son nom c'était Harley.

Et Harley Quinn pleurait.
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MessagePosté le: Lun 23 Oct 2017 - 19:16
— T'es encore là ? Toujours le nez dans tes échantillons, hein ? Un soupir, mélange saugrenu d'amusement et d'exaspération. Bon, je laisse la lumière alors. N'oublie pas d'éteindre et de fermer derrière toi, Pam.

Unique réponse d'un souffle s'échappant brièvement des lippes, avant que la porte ne se referme en un claquement sec. Postée derrière son microscope, la scientifique n'avait nullement pris la peine ne serait-ce que de relever la tête. Absorbée par ses recherches, assurément l'était-elle. Et ce collègue pourrait bien attendre. Force était de constater qu'en à peine quelques mois - voire semaines - d'expérience dans ces laboratoires, l'habitude s'était prise non sans une certaine rapidité. Sans doute était-ce plaisant, d'une certaine manière, d'avoir ce genre de passionnée dans ses rangs. Aussi, cette attitude faisait davantage rire ces autres qui travaillaient également dans ces bureaux. Une paire de perles de jade se levèrent un instant, fixant les tabouret, l'air presque ailleurs. Pensive petite Pamela. Nostalgique, aussi. Une bonne humeur environnante... En quelque sorte, cela la ramenait quelques années en arrière, alors qu'elle était encore une jeune femme insouciante. Une amère mélancolie qui jouait alors, au rythme de ces ongles tapant frénétiquement contre la table. Agacée, blessée : c'est qu'elle passait toujours par une multitude de sentiments, lorsque ces souvenirs parasités revenaient en mémoire. Et ce, quand bien même les mois écoulés.

— Laisse. C'est plus pour toi, tout ça. Plus pour nous. Autant se concentrer sur l'important, désormais. Tergiverser sur la pertinence du relationnel, c'est du suicide. Alors sois juste professionnelle, ce qu'il faut d'agréable - quitte à faire semblant -, et focalise-toi sur ton travail. Ça t'évitera de nouvelles désillusions.

Nous étant synonyme de rouquine et de plantes. Et si une chose était certaine, dans toute cette histoire, c'était que celle aux mèches de coquelicot n'était aucunement prête à faire un pas vers ces autres, ces humains. Humain qu'elle ne pensait plus être, d'ailleurs. Parce qu'il y avait ces toxines ancrées dans son corps. Parce qu'il y avait une âme meurtrie. Ou, plus simplement : parce qu'elle se sentait aujourd'hui bien plus proche de la flore qu'elle ne pourrait l'être avec le genre humain. Une affirmation cependant mise à mal, à l'intérieur. Tant est si bien que la trentenaire se sentait l'obligation de prononcer ces mots à haute voix. Une motivation, se donner du courage, diraient certains. Mais surtout, il était question de s'auto-convaincre; une résolution qui ne devait faiblir en aucun cas. Jamais.

Plus de deux heures ainsi écoulées, durant lesquelles un nez retroussé n'avait guère bougé de son poste d'observation. Captivée par l'objet de ses recherches, la jeune femme ne comptait plus les heures supplémentaires. Entre tranquillité et matériel à proximité, il était certain que cela valait la peine. Parce qu'il demeurait certain que ses outils personnels n'étaient pas si performants. Et sans doute en achèterait-elle d'autre, dès que le salaire tombera. Toujours était-il que le temps était désormais au départ. Rangement, nettoyage. Ne restait qu'à obscurcir la pièce, et s'en aller.

S'affichaient dès lors les aléas d'une route sinueuse. Une destination première qui attendrait quelques heures supplémentaires. Une fatigue perceptible, certes. Néanmoins, une priorité subsistait avant que l'horaire du repos ne sonne enfin : C'était ce petit bout de paradis. Cette trouvaille de verdure dessinée dans un parc pour enfants. Pauvres plantes, destinées à se faire martyriser par de sales gosses et leurs parents inconscients. C'est qu'ils ne connaissaient pas la valeur des végétaux, ceux là. Une Ivy qui avait perçu leur détresse, bien plus que l'autre ne le pourrait. Elle était douée, pourtant. Mais force était de constater que ce n'était pas encore suffisant. Ainsi donc, la rouquine leur apportait soin et réconfort.

C'était en tout cas ce qu'elle pensait, jusqu'à ce qu'elle ne parvienne à ce terrain ô combien attendu. Désiré, sans l'ombre d'un doute. Nécessaire. Et déjà cet air renfrogné regagnait ses traits, laissant peu à peu place à l'agacement. Parce qu' au milieu de toutes ces merveilles jonchait cet outil gâchant cruellement le paysage : Une ... batte ? Qu'est ce que ça fout là, ça ? Une main s'en alla ainsi récupérer l’atrocité, tandis que des prunelles se fixèrent plus haut. Un silhouette humaine, tout d'abord en mouvement sur cette balançoire maudite. Maudite, parce qu'elle trahissait la présence de ces gosses sans principes. Mais pour autant aimée, d'une certaine manière.

Comme une suspension de temps, l'ombre s'arrêta alors. Interloquée, sans aucun doute. Hélas, ce n'était guère par sympathie que par appréhension. Difficile de dire exactement de quoi il en retournait, disons simplement que l'instinct parlait de lui-même. Un soupir. Puis quelques pas, jusqu'à ce que l'objet soit présenté sous le nez de la demoiselle assise.

— Eh, c'est à toi ce truc ? Pourquoi t'as foutu cette merde dans mes plantes, tu ne sais donc pas que c'est nocif ? M'enfin, tu me diras, c'est pas toi qui passe ton temps à t'en occuper, hm ? Pas comme si ça te concernait, donc. Tête se baissant alors légèrement, afin de suivre ce que la blondinette semblait observer. Eh, tu m'écoutes ? Si tu veux leur donner de l'eau, fais ça proprement avec un seau. Pas avec tes yeux.

Une Ivy ne voulant pas se mêler aux hommes. Une Pam sans doute bien trop douce pour disparaître si vite. Laissons lui le bénéfice du doute, avant de l' éventrer dans les règles de l'art. Elle n'était pas lui, après tout. Ni eux. Mais ce n'était pas pour autant qu'il fallait faire confiance. Morte et enterrée, celle-là. C'était tout du moins ce en quoi elle croyait.

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MessagePosté le: Mar 24 Oct 2017 - 0:50
La voix résonna bizarrement dans les oreilles de Harley. On aurait pu penser qu'elle venait de loin, très loin, si loin que c'était un miracle qu'elle l'eut entendue. La voix, indéniablement féminine, parlait de choses incompréhensibles, qui touchaient le cerveau de la jeune femme sans pourtant effleurer ses sens. A la parole se mêlait le geste, bien sur, ainsi que l'expression sur le visage de la personne ; une femme. Etrangement, une odeur de fleurs lui arriva dans les narines, une odeur de nature qui eut un effet dégrisant presque immédiat.

Remontant la tête vers le visage courroucé, entouré de boucles rouges, ses yeux ses plissèrent un instant, alors qu'elle tentait de mettre des mots sur les sons qui parvenaient à son esprit. Cheveux rouges, fantasme masculin. Beauté naturelle, odeur de nature. Femme séduisante, qui plaît aux hommes. Trait de contrariété sur le visage, ride sur le front ; intruse en colère. Qui proférait des mots sur un ton dur et sec.

En colère signifiait ne pas aimer Harley. Ne pas aimer Harley signifiait être capable de lui faire du mal. Comme Lui.

Elle eut un mouvement de recul à cette pensée, avant de se rappeler que cette femme ne ressemblait pas du tout au Joker. Qu'elle n'avait sans doute rien à voir avec Lui, car Il aimait s'entourer de personnes grotesques, vulgaires, pas de personnes comme ça. Ça n'empêcha pas la jeune femme de prendre elle aussi un air contrarié, même si c'était davantage par mimétisme que par réel agacement. Ou peut-être pas. Peut-être qu'elle était agacée par le fait qu'on vienne la déranger dans ce genre de moment !

 « Je savais pas qu'il fallait pas toucher aux plantes. » se défendit-elle simplement.

Quittant la balançoire, elle récupéra la masse qu'on lui tendait, retrouvant dans son poids une certitude plus absolue de ce qu'elle était.

Harley, son nom c'était Harley. Harley avait les joues humides d'avoir pleuré.

 « Je pleurais pas. Pas vrai. »

Elle frotta vigoureusement son visage blafard pour sécher les dernières traces de larmes, retirant au passage les dernières traces de maquillage qui s'y trouvaient encore. Depuis sa fuite de chez Lui, la jeune femme n'avait pas retouché à du maquillage ou à de la peinture, ce qui faisait qu'elle n'avait plus cette apparence de clown qu'Il avait voulu lui donner. Ses cheveux à moitié rouges et à moitié bleus commençaient à se décolorer, laissant voir les mèches blondes en-dessous. Sa peau blanche ressortait, tandis qu'il ne restait plus de rouge à lèvres et presque plus d'eye-liner, ni même de maquillage sur le reste du visage, ou presque.

Elle se tint le ventre d'un geste protecteur, alors qu'une légère douleur d'estomac se faisait soudainement sentir. Elle grimaça. La douleur dans son dos – bien que calme pour le moment – avait été bien pire ces derniers jours. Son haut rouge était d'ailleurs déchiré, inondé du sang séché qui s'était écoulé de son dos, tandis que ses bottines accusaient le coup d'être usées et son mini-short menaçait de tomber. Elle était en mauvais point, débordée par la peine et la douleur.

Douleur n'était pas bon signe. Douleur voulait dire Harley encore blessée. Lap eine voulait dire qu'elle avait une blessure à son cœur. Mais Harley n'avait pas de cœur. Elle n'avait qu'elle-même. Harley, son nom c'était Harley.

Un regard de défi se planta dans les yeux de la rousse à l'odeur de fleur.

 « Désolée pour les fleurs. Merci pour la masse. Mais tu étais obligée de me déranger pendant que je... »

Que je pleurais. Non, Harley ne pleurait pas. Pleurer signifiait être faible. Être faible voulait dire qu'Il la dominait. Plus jamais.

 « Pendant que je jouais ! »

Elle avait joué, juste avant, donc elle mentait pas.

Harley adorait jouer. Harley adorait les jeux de la balançoire, et ceux pour enfants. Harley, son nom c'était Harley.
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MessagePosté le: Jeu 9 Nov 2017 - 23:01
Un geste accompagnant ainsi les précédentes paroles ; une main tendant cette matraque en direction de cette propriétaire présumée. Patiemment, la jeune femme observait le revêtement naturel partiellement humide. Sans doute attendait-elle la trace d’une quelconque réaction de cette âme hantant momentanément les lieux. Une notion qui à ses yeux représentait parfaitement cette jeune femme assise sur une balançoire, immobile. Une impression naissante, grandissante, en la perception d’un presque fantôme envahissant le parc. Néanmoins, cela causerait possiblement moins de dégâts qu’une bande de mômes surexcités. Tout du moins, il n’était pas faux d’affirmer que les blessures infligées demeuraient éloignées en de nombreux points.

Silencieuse Pamela. Et ce malgré les nombreuses réticences prédominantes dans ces quelques pensées traversées. Sourcils légèrement froncés, encadrant ces billes de jades plongées dans celles de la blonde, désormais tête relevée. Une sensation digne d’un entre-deux. D’une humaine percevant brièvement ce mouvement de recul. Dans un premier temps, ce fût l’incompréhension qui frappa la scientifique. Parce qu’elle n’avait guère l’impression d’être si remontée. Ou tout du moins pensait-elle ne pas le montrer, si tel était le cas.

— Et pourtant, il y a un panneau un peu plus loin indiquant très précisément qu’il ne faut pas toucher aux plantes. Un soupir s’échappant ainsi des lèvres, faisant écho à ce mouvement certain de la cage thoracique. C’est fragile ces bestioles-là, sache-le. Elles sont les témoins de toute chose, emportant les secrets dans le plus profond des âmes.

Puis dans un second temps, la renonciation d’une protectrice envers les siens. Un désaccord, signant cette tension perpétuelle d’un corps brisé en deux morceaux. Plusieurs mois s’étaient écoulés, et l’amertume perdurait malgré tout. Néanmoins, la presque trentenaire n’était pas aveuglée au point d’être dans l’incapacité de percevoir ce qui les différenciaient l’un et l’autre. Elle n’était pas lui.

Perles olivâtres toisant la silhouette se relevant enfin, récupérant l’objet qui était visiblement sien. Nul doute quant à l’identité du propriétaire, désormais. Toutefois, cette contrefaçon de mécontentement perdurait à moindre mesure ; une relativité certaine pour un comportement incertain. Parce qu’elle la percevait Lilian, cette joue gorgée, humectée d’un liquide ayant probablement coulé quelques instants plus tôt, à l’abri des regards. En cela, force était d’avouer que le parc était – à cette heure de la soirée - l’un des emplacements les plus sûrs pour évacuer. Un terrain de verdure à l’image d’un souvenir d’enfance, d’heures passées ainsi dans cette même position assise. Un corps penché par-dessus ces quelques fleurs à éclore.

— Ardoise effacée. Ne recommence plus, c’est tout. Autoritaire, ce petit bout de femme.

Hochant modestement la tête, la rouquine inspectait toujours cette ombre presque enfantine, tant dans son aspect que dans ses réactions. Presque attendrie, cette scientifique. Toujours un peu naïve, pourrait-on dire. Ancienne rêveuse. Une peau d’albâtre surveillée d’un œil discret, tant est si bien que cette grimace naissante sur le coin des lippes s’intensifiait. A bien y regarder, les heures précédentes n’avaient vraisemblablement guère été placées sous le signe du Soleil. Ni même de la pluie. Ne ressortait de ces impressions maussades d’une obscurité teintée de gris. Résidu cendré.

En outre, un déni s’invitait à en faire grincer des dents. Presque. Lentement, mais sûrement. Une habitude ô combien dénigrée, dénigrante. Et ce n’était pas la demoiselle Isley qui en infirmerait le propos. Parce qu’il s’agissait là d’un phénomène qu’elle connaissait particulièrement bien, la botaniste. Par ailleurs, probablement pourrait-elle assurer en connaitre les moindres détails, tant le sentiment demeurait présent par-delà la barrière de la chair. Ainsi, les prunelles s’assombrir un bref instant ; le temps d’une remembrance à l’origine d’un profond changement chez cette jeune trentenaire. Bout de chair à multiple facette, paradoxal dans son existence même. En cela, sans doute se sentait-elle un brin similaire à cette inconnue de blé. Les prémices d’un parallélisme, peut-être serait-ce le cas. Jouer, pleurer. Quelle différence, hm ?

— Et je m’en vais au vent mauvais, qui m’emporte deçà, delà, pareil à la feuille morte, hm ? Un soupir. Le murmure d'une réflexion d’une lecture venue d’ailleurs, discret. Sans doute les hypothèses et transcriptions étaient multiples. Toutefois, Pamela disposait d’une version qui lui était propre ; des vers correspondant parfaitement à cette blondinette trouvée. Tandis qu’à l’image d’une jumelle chimérique, les précédents s’adressaient davantage à cette tête de coquelicot.

Sans tambour ni trompette, la scientifique enfourna une main dans le sac noir qui l’accompagnait. Simple, minimaliste. Presque étonnant, pour une coquette. Mais qu’importe, lorsque l’on passait ses journées le nez dans les échantillons : mieux valait être à l’aise. Et, dans ces cas-là, tout le reste n’était qu’encombrant accessoire. Lentement, elle en sortit la blouse blanche portée jusqu’à il y a peu. Puis, hésitant un bref instant, le tissu fût sobrement tendu vers cette âme. Parce qu’elle n’était pas une bonne sœur, malgré cette naïveté qu’Ivy exécrait. Néanmoins, la situation actuelle était inconvenante au possible. Pour elle, comme pour cette autre.

— Et donc, que faisais-tu avec cette matraque ? Ce n’est pas réellement le genre de choses avec lesquelles on sort habituellement. Surtout pour la jeter comme cela, drôle de jeu. Un jeu qui rend humide, semble-t-il. Une pause, brève. Juste le temps que ces lèvres revêtant brusquement cette teinte de jais ne retrouvent une teinte plus claire, plus humaine. L’affaire de quelques secondes, à la fois courtes et particulièrement longues. Parce qu’elle pensait à lui. Encore, toujours ; il agissait tel un ombre surgissant tel un matois félin. Étrangement, je n’ai pas vraiment l’impression de t’avoir dérangée, tu vois ?

Quelques pas s’approchant à son tour de la balançoire, posant la main sur cette corde ancienne, la frôlant presque. Agacement contrôlé, pour le moment. Mais pour combien de temps ? Tant qu’elle ne croiserait plus sa route. Peut-être moins que cela. Tout compte fait, Lilian se posa sur l’origine d’un jeu pour enfant, à son tour. Tandis que, lentement, les jambes entrainèrent le reste du corps en un faible mouvement. Roule, danse, balance.

— T’as pensé à aller voir un médecin ? Finit-elle par ajouter, fixant l’horizon.

Pas que cela serait utile. Mais sait-on jamais, pour peu que la douleur soit purement physique. Une éventualité dont la jeune femme ne croyait mot. Parce qu’elle avait elle aussi connu cette douleur, sans aucun doute. Et parce que ce les déchirements du corps n’étaient guère les pires. A n’en point douter.

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MessagePosté le: Lun 13 Nov 2017 - 11:55
La blouse à la main, Harley resta un moment immobile, sans bouger, telle une gymnaste en attente du bon moment, de la bonne inspiration pour effectuer sa pirouette. La question dans sa tête n'était même pas de savoir ce qu'elle allait faire avec ce bout de tissu blanc, qui sentait les fleurs et la terre ; elle n'en avait pas l'utilité et n'avait pris le truc que pour faire plaisir à l'autre. Ce n'était pas non plus le fait que l'autre femme, rousse, lui faisait penser à quelqu'un qu'elle avait connu et oublié depuis très longtemps. Et c'était encore moins le doute sur ce qu'elle devait dire ou faire, non. Ça, elle s'en foutait. Pareil pour le fait que l'autre semblait aussi aimer la balançoire.

Ça c'était cool, mais on s'en foutait. Même si cool voulait dire sympa, et sympa voulait dire qu'Harley n'allait pas la taper ou la tuer.

Non, la vraie question fut formulée dans un croassement plus que dans des paroles vraiment distinctes.

 « Hein ? T'as dit quoi ? »

Comme si on avait soudainement appuyé sur un bouton, Harley se frappa le front du plat de la main, envoyant malgré elle la blouse par terre. Avec un « oups » enfantin, elle la ramassa, l'épousseta pour vérifier qu'elle n'était pas trop sale – la trace de terre sur la manche ne comptait pas, chut – et la garda sur ses genoux. Avec un petit rire de fillette, elle répondit alors à ce qu'avait dit l'autre femme. La mémoire, ça joue des tours parfois. Comme une balançoire.

 « Tu déranges pas, je jouais juste. Mais j'avais pas envie de me trimballer avec ce truc toute la soirée : je sais même plus depuis quand je l'ai. Ça se trouve, je l'avais depuis des années, et je m'en rendais même pas compte. Ou alors ! Je l'ai que depuis ce soir ! Et là ça craint, car j'me rappelle plus d'comment j'l'ai eue. »

Tout en parlant, elle se mit à plier la blouse comme il le fallait, avant de la rendre à la rousse. Elle en avait pas besoin, pourquoi qu'elle gardait ça de toute façon ?

Harley n'avait besoin de personne. Harley, son nom c'était Harley.

Comme la moto.

 « Dis, tu regardes les films Marvel ? Ça fait trop grave longtemps que j'en ai pas vu un ! Faut dire, Il m'en empêchait tout le temps. Puis Il détestait ça, Il disait que c'était nul, tout le temps ! Il était méchant avec moi. Méchant, méchant, cruel ! »

La colère montait au fur et à mesure qu'elle parlait du Joker, si bien qu'elle finit par bouger, se dégageant de la balançoire pour aller donner des coups de pieds dans l'un des piliers en aluminium du jeu pour enfants. A chaque fois, qu'elle donnait un coup, elle criait.

 « Méchant ! Cruel ! Sadique ! J'le déteste ! Salaud ! J'le hais ! Je l'aime ! Il me sodomise tout le temps ! J'aime pas ça ! Méchant ! Fou ! Manipulateur ! Aïe ! »

Bien sur, le dernier coup avait été donné – maladroitement, pas volontairement – par les orteils et non pas avec le plat du pied. Ce qui faisait que, malgré la bottine, la jeune femme se fit mal, et elle se mit à danser sur un seul pied pour faire passer la douleur. Sa colère et sa frustration ne se calmèrent pas pour autant, si bien que Harley reprit sa matraque, et entreprit de taper de nouveau la balançoire avec.

A chaque coup, Harley s'imaginait le visage du Joker, souriant comme un dément et riant comme un fou – ou l'inverse peu importe. Les souvenirs remontaient peu à peu, embuant ses yeux de larmes chaudes et salées, qui l'empêchaient d'y voir correctement.

Les souvenirs signifiaient repenser à Lui. Repenser à Lui signifiait raviver la douleur de ses blessures dorsales, de sa blessure psychique. Harley, son nom c'était...

Elle n'avait même plus la force d'y penser.

Bientôt, elle n'eut plus la force de continuer à taper. Mais elle continuait quand même, machinalement, secouée par d'énormes sanglots et des torrents de larmes se déversant sur son visage et au sol.

 « J'le hais, j'le hais, j'le hais... Méchant ! Cruel ! Sadique ! J'le déteste ! Je l'aime ! J'le fais ! Je... Méchant ! »

A bout de forces, Harley s'effondra au sol, pleurant comme si le monde s'écroulait.

Quelque part, c'était vrai. Quelque part, c'était faux. Harley, quel était son nom ?
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MessagePosté le: Lun 4 Déc 2017 - 19:54
Citation d'une lecture d'ailleurs non perçue par la femme faisant face ; un air de déjà vu s'installait alors paisiblement, tel l'eau dormante d'un ruisseau. En un sens, la demoiselle aux mèches ternies forçait un rappel de l'avant, celui-là même qui l'avait poussée à décamper de ce Seattle auparavant tant aimé, aujourd'hui profondément détesté. Remembrance de cette Pamela d'autrefois, mais également de cette curieuse enfant à la recherche d'une lecture à se mettre sous la dent. C'était d'ailleurs de cette manière-là que s'était réalisée la rencontre avec le poète maudit. Des vers que la scientifique ne pensait jamais ressortir, et pourtant. Pourtant il y avait eu ce revers de médaille, il y a quelques mois de cela, forçant le trait du parallélisme. Puis cette rencontre fortuite entre deux âmes perdues. Destruction, reconstruction : un choix s'était offert à eux.

Albâtre étoffe passée d'une main à une autre, en un geste empreint d'une certaine banalité. Pas tant que cela, lorsque l'on connaissait Ivy. Mais qui pouvait prétendre une telle chose ? Actuellement, personne. Car il se cachait, ce fantôme vagabond, délaissant ce pragmatisme d'un double œuvrer jusqu'à ce que la froide lame tombe une fois encore. Toutefois, cette inéluctable tension demeurait en un désaccord qui ne saurait être remis en question. Un pour deux. Toujours était-il que la rouquine observait cette silhouette vêtue d'innombrables déchirures, aux résidus de sève carmine, jusqu'à ce qu'un soupir ne s'échappe de cette barrière charnue.

— Laisse, c'est rien. J'imagine que la littérature, ce n'est pas vraiment ton rayon. Tout comme les battes, c'est « inconnu au bataillon » pour moi.

Exaspérée, Pamela l'était à n'en point douter. Toutefois, il n'y avait nulle once de calomnie dans ces quelques mots. Uniquement des faits, et la confrontation avec une réalité parfois ardûment perceptible. Chacun avait son éducation, ses intérêts, essayant ainsi d'éviter le fade d'une société d'ores et déjà terne. Et si la rouquine prêtait de l’attrait à ces feuilles aspergées d'encre, il était fort à parier que la blondinette ne le partageait guère. Et sans doute l'inverse était-il vrai également.

— Je t'expliquerai un jour, va. Enfin, peut-être. Si l'occasion se présentait. Si l'envie lui en prenait.

Haussement d'épaule, alors même que cette voix résonnait inlassablement dans son esprit. Comme si c’était utile. C’pas pour nous, tout ça. Cessons donc les idioties, Pam. Des sphères de jade davantage absorbées par la paume de cette main percutant un front ambré ; quelque chose était sur le point de tomber, semblait-il. Blouse s’échappant ainsi de la poigne de la jeune femme, tombant à leurs pieds, rencontrant ce sol boueux. Sans doute la scientifique aurait-elle pu s’agacer à cette vision intimant la négligence, mais il n’en fût rien. Sans doute cela était-il dû aux circonstances de ce croisement d’âmes qui était leur. Qui saurait l’affirmer ? Toujours était-il qu’elle se baissa alors, cherchant à ramasser le tissu. Un acte devancé par celui de cet interlocuteur, qui prit aussitôt la parole, dès lors l’objet de nouveau entre les doigts.

Jouer. Drôle de façon de jouer. Et pourtant, elle connaissait cette sensation, Pamela : Celle de mettre un autre nom sur un mot. Une manière de se rassurer soi-même, bien futile méthode. Écoutant d’une manière presque religieuse, son expression faciale changea néanmoins quelque peu lorsque le vêtement lui fût retourné. Brève hésitation, avant d’accepter cette main momentanément tendue. L’incompréhension, le questionnement ; n’avait-elle pas remarqué son propre état, cette femme à l’allure d’une petite fille perdue ?

— Euh, non. Disons que mes sorties au cinéma se font rares. Commença-t-elle à dire précipitamment, tant la discussion paraissait prendre de la vitesse. Pour ta masse, tu aurais simplement pu la laisser chez toi, si tu ne voulais pas la trimbaler toute la soirée, tu sais. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas grave, ça te reviendra, la manière dont tu l’as eu. Si c’est un souvenir important, tu t’en souviendras. Si non, alors qu’importe que tu l’aies oublié, c’est dérisoire. Autant se concentrer sur l’essentiel, non ?

Maigre grimace naissante alors, s’incrustant sur les traits en un étirement partiellement tordu des lippes ; une tentative d’un sourire rassurant n’aboutissant à rien de bien concluant. Certes, il s’agissait là d’un essai contraint, empreint de cette fausse impression donnée auparavant. Toutefois, les cris ne faisaient que réduire cette indolence dissimulée, peu à peu. Une impulsion psychologique d’une Pamela, qui commença à faire de grands gestes des mains, machinalement.

Douleur. Souffrance. Peine. Perceptibles sentiments. Et peut-être la botaniste aux fils de coquelicots se trompait-elle dans les interprétations. Une possibilité à prendre en compte, assurément était-ce le cas. De surcroît, l’étourderie demeurait grandement probable lorsque l’on prenait en compte la non-connaissance de l’âme en peine. Car si la jeune femme tendait actuellement à oublier que cette rencontre ne datait que de quelques minutes, Ivy ne parvenait pas à se détacher de cette saumâtre réalité. Hélas, la vue des coups finalisant cette blessure momentanée, de cette matraque frappant inlassablement le jeu pour enfant, suffisait à ce que la gardienne abaisse cette barrière indécelable.

— Eh, eh, eh. Qui ça « il » ? Question brutalement lancée. On se calme ma grande, ce n’est pas la peine de se mettre dans un tel état. Qu’est-ce que ça changerait, hm ?

Une pause, brève, juste le temps de quelques instants. Quelques secondes pour se dire à quel point ces paroles pouvaient être d’une hypocrisie sans nom. Parce que même si cela ne changeait rien dans les faits, un effet placebo demeurait néanmoins, peut-être. Moralisatrice, un discours mal placé. Et sans doute était-ce visible, d’ailleurs, tant celui-ci paraissait décousu, tant l’assurance était moindre. Pouvait-elle réellement tenir de tels propos, alors même que les pénibles gouttes avaient aussi perlées sur ses joues, fût un temps ?

Un corps cédant probablement sous la pression, l’épuisement, et possiblement d’autres choses. Perles imprégnées de cette surface aqueuse, presque embrumée l’espace d’un court moment. Tout compte fait, la trentenaire s’abaissa légèrement, attrapant la femme-enfant par le bras, tentant de la remonter. Des orbes d’aigue-marine se posèrent ainsi sur ce banc à quelques mètres plus tard, entamant une tentative pour l’emmener jusque-là.

— Non, laisse. Murmura-t-elle dans un soupir, reprenant d’une voix plus claire : Relâche la pression, un coup. C’est normal, c’est compréhensible. Pleure un moment, laisser aller la frustration : ça ira mieux après. Plus tard.

Odieux mensonge. Depuis quand le temps assurait-il la guérison ? Lilian, elle, n’en avait encore jamais perçu ne serait-ce qu’un moindre effet. Pourtant, la jeune femme savait une chose : c’était que ça rassurait, ce genre d’imposture. Parce qu’on ne s’en remettait pas. Pas plus qu’on oubliait. On apprenait juste à faire avec, tant bien que mal. Tristement dit, et pourtant vrai.

Somme toute, des paires de doigts filèrent discrètement dans cette poche latérale, y cherchant la trace d’un mouchoir, ou de quelque chose pouvant faire office de remplaçant. Morceau de papier doux tendu, avant qu’une main ne vienne s’approcher de sa tête, doucement.

— Ça va aller, ça va aller. Tu sais, les mecs c’est des connards. Faut pas se mettre mal pour eux, hein.

Oui, tous des connards. Tous des pourris. Une généralité c’était ainsi inscrite, erronée, suite à cette désastreuse expérience. Un murmure, et déjà la blouse se retrouva de nouveau dans cet échange saugrenu, déposé sur les épaules de la jeune fille. Non pas une obligation, bien loin de là. Juste… En fait, Pamela ne savait pas. Pas plus qu’Ivy ne comprenait.

— Et garde ça. Ça te tiendra un peu plus chaud, même si c’est vite dit vu le tissu. Puis t’en a bien besoin, avec des vêtements dégueulassés.

De toute manière, elle n’en avait guère besoin de ce bout de tissu, la scientifique. Parce qu’elle n’était pas de garde. Et surtout, parce qu’elle en avait toute une série d’autres dans ses placards. Alors qu'importe si elle en perdait une, car elle ne l'était pas tant que cela, tout compte fait.

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MessagePosté le: Sam 9 Déc 2017 - 21:51
Comme dans un rêve, Harley eut le sentiment que tout lui échappait. Elle sentait la proximité de l'autre femme, à ses côtés ; elle sentait son odeur, et les gestes qu'elle faisait pour tenter de l'aider. L'excentrique, aussi malheureuse soit-elle, ne pouvait pas éternellement faire comme si ce qu'elle vivait ne concernait qu'elle, ce soir. Elle partageait, sans le vouloir, son fardeau avec une inconnue. Involontairement, bien sur, sans que ce soit une action consciente de sa part, mais tout de même. Elle n'avait pas l'habitude d'agir ainsi. Elle ne se souvenait même pas de la dernière fois où elle s'était confiée normalement à quelqu'un.

Si ça se trouve, elle ne l'avait jamais fait depuis qu'elle Le connaissait. D'autres larmes vinrent d'ajouter aux précédentes. Elle eut beau vouloir les refouler, elle n'en avait plus la force. Rien ne saurait l'empêcher de pleurer désormais. Ce soir, elle était vaincue. Des restes de son égo, il n'y avait plus rien. Harley Quinn n'était plus qu'une coquille vide, abandonnée par le monde.

Harley, son nom c'était tout sauf Harley.

Sans s'en rendre vraiment compte, elle se mit à parler. Toute seule, à l'autre ? Peu importait. Elle parlait. D'une voix déchirée par le chagrin, le regret et toutes ces choses ignobles qu'elle détestait, mais dans lesquels elle trouvait soudainement un refuge.

 « J'voulais pas Le décevoir... j'voulais pas. Il était pas comme d'habitude. Il disait qu'il fallait être rusé pour pas que Batman vienne nous coffrer. J'ai essayé. Mais j'voyais bien que ça le ferait pas. Alors j'ai voulu nous protéger. Je Lui ai dit : on doit partir, chou, je peux pas continuer comme ça, on va se faire défoncer par les Héros. Mais Il a rien voulu savoir... Pire, même. Il a dit que j'étais qu'une lâche, et qu'il fallait remédier à ça. Alors Il m'a attachée, et... »

Elle eut un sanglot déchirant, de nouveaux flots s'écoulant de ses yeux. Elle eut un geste du bras, indiquant son dos, là où les plaies mal refermées, dues au fouet, continuaient de la faire souffrir dès qu'elle bougeait. Comment avait-elle pu se laisser embarquer dans tout ça ? Sans le savoir, Harley vivait dans son chagrin un moment de lucidité, où elle redevenait une jeune femme perdue – normale. Et non pas une Vilaine déboussolée et à la psyché endommagée.

Harley, elle ne savait plus qui elle était. Harley ou pas Harley.

Pas Harley pour l'instant.

 « Il a utilisé un fouet. Il m'a tapée jusqu'à ce que j'ai trop mal et que je crie pour qu'Il arrête. Mais Il a pas arrêté. Il a continué, encore, et encore, et encore. Il a continué jusqu'à ce que je tente de lui tirer dessus. Je me suis dit : BOUM, et on a plus mal. C'était pas la première fois qu'Il me faisait ça. Mais j'en pouvais plus, là. J'aurais presque aimé que Batman soit là. Mais non, je me suis juste enfuie. Et là je fuis. Je suis toute seule. »

Elle renifla bruyamment, avant de s'essuyer le visage d'un revers de la main. C'était pas cool de pleurer. Elle se sentait mal à l'idée de se répandre encore plus en pleurs devant cette inconnue. Elle tenta alors de faire un gros effort, mettant petit à petit un terme à sa lucidité. Quel paradoxe. Jadis, elle avait œuvré pour étudier et aider les personnes comme ça ; maintenant, elle était lunatique, pour ne pas dire folle.

Harley, personne ne savait quel était son nom.

Elle leva finalement le visage vers l'autre femme. Il lui semblait que cette dernière semblait l'observer avec une attention qui semblait presque compatissante. Sauf que Harley n'avait pas besoin de compassion. Elle voulait être tranquille.

Ses sourcils fins s'arquèrent, alors qu'elle fronçait les sourcils.

 « J'ai faim. »
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MessagePosté le: Hier à 18:06
Silencieuse, Pamela observait cette jeunette dont les larmes perlaient de plus belle. Des tentatives avaient été réalisées, précédemment. Et sans doute étaient-elles maladroites, à n'en point douter. Seulement, la scientifique n'était pas de celles qui se sentaient particulièrement à l'aise dans ce genre de cas. Ou plutôt, elle ne l'était plus. En effet, il aurait été plus que probable que la Lilian d'il y a quelques années puisse trouver un semblant de solution. Hélas, cette femme n'était plus depuis longtemps déjà. En réalité, pas autant que cela. Toutefois, si les traces du passé paraissaient parfois révolues depuis une éternité, celles-ci n'en demeuraient pas moins des plaies ouvertes, aujourd'hui encore. Et, très vite, le paradoxe entre cette temporalité ressentie grandissait, perdant l'âme dans une impérissable solitude. Solitude, certes, mais pas que. En outre, par delà l'image que lui renvoyait cruellement son miroir ignoré, se présentait aussi le ressassement des remembrances de fois presque euphorique. Puis, avec cela, une question : « Et si c'était moi, le problème ? » Problématique passant ainsi la barrière de l'esprit, mais guère pour longtemps ; Ivy veillait au grain.

Des gouttes semblables aux siennes, fût un temps. Des cris aux airs de déjà-vu, eux aussi. Un ensemble de signes, cherchant la bienveillance, la fierté de l'autre. Pour l'autre. Chercher l'approbation, également. Mais là encore, c'était une autre histoire. Bien entendu, tout cela n'était que pure hypothèse, et une marge d'erreur demeurait possible. Parce qu'ils étaient tous différents, ces hommes, tant dans leur expérience que dans la façon d'aborder les choses. Toutefois, le néant était celui qui finissait toujours par frapper à la porte, emmenant dans ses bras l'amère déception. Ainsi donc, à l'instar des danseuses ayant fait leur temps, il ne restait que les yeux pour pleurer. Cela, et les souvenirs à la fois aimés et haïs.

Furtivement, les perles d’Aigue-marine se portèrent vers ces doigts indiquant un dos. Vêtements déchirés, certes. Mais il n'y avait guère que cela, bien loin de là. Sans même bouger les mains d'un seul centimètres, les prunelles pouvaient percevoir la détresse dissimulée sous les coups. Ou peut-être était-ce de l'amour, qui sait? Car pour se laisser faire de la sorte, il n'y avait que deux choses à son humble avis : La crainte, ou les sentiments. Les deux apportaient la stupidité de la passivité, malheureusement. La bêtise de l'aveuglement, également. Nul besoin de frôler la peau, pour le comprendre.

Néanmoins, la majeure partie du discours demeurait un mystère pour celle qui arborait des mèches de coquelicot. Certains passages laissaient sous entendre que la jeune femme était en cavale. Qu'ils étaient deux, au départ. Et, pour d'obscures raisons, ils n'étaient plus qu'un. Au vu des marques, il était plus que probable que l'inconnue se soit échappée. Quelque chose du genre. En revanche, cette notion de «Héro» n'en restait pas moins surprenant. Tant est si bien que cette lueur dans les pupilles prirent une teinte différente, celle de l'incompréhension. Momentané, ce maigre changement, qui revenait cependant à intervalle régulier, tant la scientifique ne comprenait que très peu. A l'image d'un puzzle, la rouquine tentait de rassembler les mots autour d'une thématique, cherchant le fil conducteur. Ce que d'autres nommeraient le bon sens, en somme.

— Hein, qui ça ? Soupir insoupçonné, s'échappant doucement des lèvres. Mais de quoi parlait-elle, à la fin. C'est arrivé combien de fois, ce cinéma? Si je comprends bien, vous étiez en fuite. Il s'est passé quelque chose ?

Maigre attente durant laquelle Lilian se posait quelques questions, sans pour autant le signifier. Des choses qui ne la concernait que très peu, en l'état. Tant est si bien qu'Ivy se rétracta finalement, tandis que les lippes prirent brièvement une teinte de jais.

— Laisse, votre fuite, tout ça, ça ne me concerne pas. J'ai pas envie de savoir.

Pas envie d'être mêler au bordel plus que nécessaire, aussi. Parce qu'elle tentait de redémarrer une vie, cette botaniste folle. Une reconstruction d'elle-même qui prenait assurément du temps. Beaucoup de temps. Trop de temps. Au point que la trentenaire se demandait par moment si la colle prendrait un jour, recollant les morceaux parsemés de part et d'autres de l'esprit, des souvenirs.

Furtivement, le poignet se rapprocha de son visage, observant cette montre dont les aiguilles tournaient inlassablement. S'en suivit un énième souffle ; Y avait-il ne serait-ce encore qu'un magasin ouvert, à cette heure-ci ? La nuit avait débuté depuis un moment, déjà. Et certainement la plupart d'entre eux étaient d'ores et déjà fermés depuis quelques temps déjà.

Finalement, la rouquine de la grande ville se releva, s'étirant de tout son long tel un Panda Roux sortant d'une longue sieste, révélant ce court gémissement d'une presque fatigue. Puis la scientifique se retourna, offrant une main à cette gamine - qui n'en était probablement pas une, d'ailleurs -.

— Bon, mouche toi un coup et on bouge. J'suis pas certaine qu'il y ait encore quoi que ce soit d'ouvert, mais ça ne coûte rien de tenter. Une pause, courte. Une réflexion. Puis sinon, on ira chez moi : il doit rester quelques trucs dans le placard.

Une marche s'entama alors, sans réellement attendre la blondinette. Toutefois, le rythme demeurait d'une certaine lenteur, afin qu'elle puisse la suivre si le cœur lui en disait. Et, pendant ce temps, Ivy se demandait. Qu'est ce qu'elle foutait, encore? Haussement d'épaules, imperceptible. Qu'importe si la jeune femme n'avait pas encore compris la leçon ; elle l'apprendrait à ses dépends, une fois de plus.

— M'enfin, t'as bien fait de te tirer dans tous les cas. Les gars comme ça, c'est mieux de les laisser dans leur coin. T'as fait ce que tu pouvais, va. C'était juste pas la bonne personne. Alors te culpabilise pas pour un mec pareil.

Sans doute était-ce l'expérience qui parlait. Et ce quand bien même Pamela n'était guère bien placée pour annoncer ce genre de fait sereinement. « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais », en somme. Quelques doigts passèrent furtivement dans les mèches de feu, avant qu'elle ne s'arrête devant une énième porte close.

— Le Karma j'te dis. Passablement agacée, la petite Pamela dont les sphères entrèrent en contact avec celle de l'inconnue, la détaillant de haut en bas. Oui bon, tu me diras, vu ton état, c'est peut-être pas plus mal au final.
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[4ML] Douceur empoisonnée [PV Poison Ivy]

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