Chap. II: i'm sorry about the blood in your mouth, i wish it was mine

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MessagePosté le: Ven 29 Déc - 20:56
I'm sorry about the blood in your mouthI wish it was mine

Coast City.

Diana leva la tête vers le ciel nocturne, vers les étoiles qu’elle devinait à peine dans la pollution éclairée qui s’élevait en halo au-dessus de la ville. Quelque part, tout là-haut, à des années lumières de sa ville natale et de la planète bleue, Hal Jordan s’évertuait à défendre l’Univers ou faire tourner en bourrique les Gardiens d’Oa. Il ne savait rien de ce qu’il se tramait chez lui, rien des dangers qui guettaient sa ville, et encore moins que la source n’était autre que Wonder Woman – Wonder Woman qui l’avait autrefois épaulé dans la défense de cette ville si importante pour lui. C’était plus facile comme ça, au moins, plus facile de mener sa mission à bien si Hal ne traînait pas dans le coin, avec ses grandes piques et son amitié si facile à rassurer et si … rassurante.

Diana se secoua mentalement et détourna le regard. Coast City était une ville militaire, une ville dont l’importance avait été décuplée après la nomination du Green Lantern John Stewart à la tête de l’A.R.GU.S. De nombreuses décisions étaient prises dans les bâtiments aux épais murs bétonnés qui occupaient l’ouest de la ville, des décisions majeures et aux conséquences multiples mais contrôlées par le gouvernement, par ceux qui avaient assez de pouvoir pour fourrer leur nez où ils le voulaient. Ce soir, sans qu’ils ne s’en rendent compte, un peu de ce contrôle s’était détaché de leurs mains et avait été transféré à Arès. La présence de ce dernier, son activité désormais fleurissante dans le monde des Humains réveillaient des conflits endormis et des sentiments refoulés. Coast City, comme toutes les villes abritant un quelconque pouvoir de feu, était une des cibles d’Arès, une boîte de pétri abritant une culture de chaos et de désir de vengeance. Frappés de plein fouet par ce besoin de rébellion et de chaos, les gens s’entrechoquaient et les paroles échangées se faisaient provoquantes, aiguisées. Les vérités changeaient pendant ces moments-là, balance et équilibre disparaissaient, et la vérité se faisait toxique, vengeresse, mais, ainsi nourrie par le feu de la colère, elle était puissante, presque indestructible.

C’est pourquoi, quand le lasso de la vérité s’était noué autour du torse d’un commanditaire de la base militaire de Coast City, ce dernier avait oublié toute notion de justice, tous les idéaux qu’il avait juré de défendre bien des années auparavant, quand il entré dans l’armée. Il avait envoyé des mails, passé des coups de fils, et laissé une empreinte brûlante derrière dans la base, sans que Diana n’ait besoin de faire quoi que ce soit, à part tenir le lasso et exiger du général la vérité pure et dure. Elle avait assisté à l’écroulement de cette dernière, elle l’avait vu s’effriter puis emporter avec elle les années que Diana lui avait consacré, les batailles qu’elle avait menées en son nom et la force qu’elle avait pu tirer de sa foi en la vérité.

Elle l’avait pensée plus puissante que tout. Autrefois, elle y avait vu la possibilité de rédemption pour le monde des Hommes et son arme la plus efficace, son refuge le plus protégé. Elle avait perdu tout ça en l’espace d’une seule nuit.

Diana se détourna de la vue qui s’étendait à ses pieds. Coast City se réveillerait sur une chaine de commandement brisée, des armes volées, des menaces de mort et un conflit potentiel toujours plus proche. L’étau d’Arès se faisait plus insistant. Sa main se refermait – la main, dont Diana avait joué le rôle ce soir-là.

Le visage fermé, elle enfonça sur sa tête le casque à deux cornes qui avait remplacé la tiare qu’elle avait laissée à Gotham. Elle avait laissé bien des choses, à Gotham, mais la plus importante de toute n’avait pas été oubliée sur un toit désert de la ville, et c’était tout ce qui comptait. C’était à cette pensée qu’elle s’accrochait maintenant que la vérité lui avait fait faillite. Si Gotham était devenue la tombe de Wonder Woman, elle n’était pas un cimetière et l’Amazone qu’elle avait été était le seul nom gravé sur le monument aux morts qui surplombait la ville.

Diana se figea dans l’obscurité qui recouvrait la façade est de la ville, celle dont le relief offrait nombreuses opportunités de randonnées aux citadins amoureux du sport du dimanche. Ainsi perchée sur un des dénivelés qui offraient une vue plongeante sur Coast City, elle crut d’abord à un rêve, à un tour joué par la nuit et ses dernières pensées, mais les crissements de graviers dans son dos brisèrent toutes ses illusions.

Inutile de se demander comment il avait fait pour la trouver. En fait, elle ne lui poserait aucune question. Elle ne pouvait pas. Il n’aurait pas dû être là. Il n’aurait pas dû. (Le cœur de Diana s’emballa.) Bon sang, mais que faisait-il ici ?! (Il était là. Il était là.)

« Non, » lança-t-elle dans le vide qui s’étalait devant elle. Elle n’osait pas se retourner. Parce que derrière elle, la vue serait bien plus dense, bien plus intense.

« Tu ne devrais pas être là. »

Le poids du casque sur sa tête se fit encore plus présent, encore plus terrible. Elle sentit les traits de son visage se tirer, son regard se fermer et ses muscles se tendre. La cape s’alourdit sur ses épaules, et l’espace d’un court instant, elle eut peur de ne pas pouvoir bouger, mais quand elle décida finalement de se retourner, son corps lui obéit presque sèchement, froidement.

Il s’imposa à elle, les contours de sa silhouette noyés dans la nuit autour d’eux. Il n’avait plus aucune limite, son être s’étalait autour d’elle et la bloquait au sol. Diana s’emmura - elle et sa nervosité, sa terreur soudaine et la chaleur de le revoir devant elle, entier, vivant, solide - et elle scella sa prison avec de la froideur, du détachement et de l’indifférence.

« Va-t’en. Tu as fait une erreur en venant ici ce soir. Une erreur stupide. »




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MessagePosté le: Sam 30 Déc - 4:57
La nuit est froide et sombre, dans Coast City.
Si la ville est connue pour son soleil, sa joie de vivre, son cadre agréable, tout le monde sait qu'elle a un côté sombre - une ombre, même. Celle-ci a été longtemps repoussée, stoppée, anéantie même par Green Lantern, son célèbre et extraordinaire défenseur ; mais même lui n'a rien pu faire quand l'ombre fut trop forte... quand l'ombre a recouvert Coast City, après des années de frustration.
D'abord grâce à Mongul et Cyborg-Superman, puis Darkseid, qui ont à chaque fois anéanti la ville ; mais, à chaque fois, elle fut reconstruite.

Coast City demeure, est revenue.
Elle vit avec son ombre, maintenant ; son Passé. Sa douleur.
Ses ténèbres.

Alors que la Générale d'Arès s'accorde un regard perdu et mélancolique sur Coast City, depuis les hauteurs de la base militaire, elle sent... elle découvre une présence.
Une présence qu'elle refuse. Une présence qu'elle ne supporte guère. Une présence qu'elle s'interdit, qu'elle n'accepte pas.
Une présence qui s'impose, définitivement.


"Non."

Une voix lourde, terrible, s'élève des ombres - et une silhouette s'en détache. Lentement.

"Tu as commis une erreur."

Des bottes renforcées claquent, à chaque pas. Lent, oui. Régulier. Terrible.
Il approche.


"Tu as manipulé, contrôlé et utilisé un Général américain, avec ton Lasso. Tu as utilisé une arme divine sur un Mortel. Et tu n'as pas vérifié qu'il suivait bien tous les protocoles de sécurité."

Un pas. Puis un autre. Puis encore un autre.
Il approche. Il est presque derrière elle.


"Il a été repéré. Il a été identifié. Les alertes ont été données. L'A.R.G.U.S. a été sur le point d'intervenir - John Stewart est prêt, ses troupes aussi. Mais ils ne viendront pas.
Pas avant mon signal."


Les pas, les sons s'arrêtent. Il est là.
Il est derrière elle.


"Tu as raison, oui... je ne devrais pas être là. Je ne devrais plus être là."

Il soupire, bruyamment - puis se décale, sur le côté. Pour se faire voir. Pour qu'elle le découvre, au coin de son oeil. Pour qu'elle voit...
... le Batman, dans un nouveau costume. Plus fort. Plus résistant. Plus adéquat.

"Je suis mort, Diana. Arès m'a tué. C'est ainsi."

Sa voix demeure modifiée, forte ; lourde.
Mais elle le connaît - ils se connaissent. Elle sent une pointe différente, une douceur, une tendresse, une affection réelle qui se détachent de chacun de ses mots, de chaque syllabe prononcée.


"Mais tu m'as ramené."

Il s'avance, encore. D'un pas.

"Tu t'es sacrifiée. Tu as sacrifié tes valeurs, ton esprit, ton âme - ton être. Tu as tout donné, pour moi."

Une culpabilité sourde règne encore dans son coeur, suite à cet événement - culpabilité de n'avoir pas été à la hauteur, culpabilité de n'avoir pas su se défendre, culpabilité d'être tombé dans le piège d'Arès, culpabilité d'avoir poussé Diana à sacrifier autant.
Il y a quelques jours, encore, cette culpabilité le rongeait - le bloquait ; il était brisé. Vaincu. Anéanti. Ecrasé, par ce poids, ce remords, cette sensation de n'être rien, de ne pouvoir rien, d'avoir fait perdre sa Lumière au monde, et de n'avoir aucune possibilité d'agir.
La culpabilité demeure ; mais elle ne le bloque plus. Grâce à Barbara, Tim, Alfred... elle ne le bloque plus ; elle le motive. Elle l'anime.


"Laisse-moi faire de même."

Lentement, tendrement, Bruce lève sa main - et la tend vers Diana.
C'est... elle. C'est toujours elle. Même dans cette posture, même dans cette agressivité latente, même dans ce comportement terrible, même dans ce costume qui souligne ses courbes mais rappelle la violence qui anime désormais son âme ; c'est toujours elle, il le sait. Il le sent.
Il le veut.


"Laisse-moi te sauver, à mon tour."

Il s'avance encore d'un pas, et esquisse un sourire... sincère. Plein d'un espoir réel, faible il le sait, mais réel.
Il veut y croire. Il veut espérer. Il veut tenter.
Il veut la sauver.
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MessagePosté le: Mar 2 Jan - 15:13
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La main de Bruce se tendit dans la nuit, et Diana se vit très clairement la prendre. Elle sentit presque ses doigts effleurer le matériau qui recouvraient ceux de Bruce, et elle imagina, avec bien trop de précision, le poids qui se soulevait de ses épaules. Tout rentrerait alors dans l’ordre : son rôle dans le monde, le combat qu’elle menait et les innocents qu’elle jurerait de sauver seraient de nouveau assurés qu’elle lèverait toujours la voix pour eux. Le choix qu’elle avait fait sur Gotham, quelques jours plus tôt, n’avait pas été fait sur un coup de tête. Il ne s’était peut-être écoulé que quelques minutes entre le moment où elle s’était imaginée dire ou et celui où elle avait réellement dit oui, mais ces quelques minutes avaient suffi. Elle avait tout vu, tout calculé, tout su. Les conséquences de ce choix avaient toutes été prises en compte. Elle se savait puissante, oui, mais elle n’était qu’Amazone et non Déesse. Elle pouvait être arrêtée. Son chagrin, la violence qui l’aurait alors assailli, la peur… la peur, si terrible, elle n’aurait rien pu faire contre ça. Elle aurait tout perdu. Elle n’aurait plus jamais été la même. Au moins, avec ce choix, elle laissait au monde une chance. Elle laissait aux innocents une autre personne qui pourrait s’élever pour eux. Ce n’était pas elle.

Alors elle ramena sa main sur la garde de son épée et serra ses doigts autour du métal, le contact de la nouvelle lame confiée par Arès inhabituel contre sa peau.

« Tu a fait une erreur en venant ici, » répéta-t-elle en guise de refus.

Elle utilisa son autre main pour repousser celle de Bruce en donnant un coup sec contre son bras, et ses yeux lancèrent des éclairs.

« Je me fiche de l’A.R.G.U.S et John Stewart, » siffla-t-elle. « Je pourrais les détruire, lui et ses troupes, sans même essayer, mais tu es idiot si tu penses que tu es le seul à avoir des renforts. »

Elle appuya sur ce dernier mot délibérément. Elle voulait qu’il comprenne. Elle voulait qu’il regarde dans ses yeux et que, aussi sûrement qu’elle s’imaginait à ses côtés de nouveau, il imagine ce qu’il se passerait si les dits renforts venaient à pointer le bout de leurs nez. Elle voulait qu’il comprenne. Ses mains étaient liées.

« Je n’ai pas besoin de ton aide, » reprit-elle, sa voix claquant dans les airs, aiguisée comme une lame. « Et même si c’était le cas, tu crois que je viendrais te voir, toi ? Tu as raison, tu es mort. Parce que tu es mortel. Tu es mort. »

Ses intonations faisaient de cette vérité une insulte, une tentative de rabais, mais le reste de son corps en faisait une plaie encore béante, une hémorragie interne qui jamais ne se refermerait. Elle ne voulait pas qu’il voit dans ce qu’elle disait une preuve de son insuffisance, elle voulait qu’il y voie sa vérité. Si elle ne faisait même que tendre la main vers lui, il s’écroulerait. Elle n’était pas dupe, Arès n’avait pas confiance en elle, et si elle était à Coast City en mission solo, elle n’était certainement pas solo. Au moindre doute, le Dieu – son Maître – récupèrerait son dû et renverrait l’âme de Bruce sur son long chemin solitaire à travers le Styx. Oh, Diana ne voulait pas qu’il lise dans ses propos l’insulte et le manque de respect, elle voulait qu’il devine sa mise en garde, ce qui lui arriverait si jamais elle faiblissait et retournait près de lui.

Elle voulait qu’il arrête d’essayer, parce qu’elle ne voulait plus avoir à refuser. Elle ne voulait plus avoir à lui parler de la sorte. Elle ne voulait plus de la plaie béante.

« Je sers Arès, désormais, » rajouta-t-elle. « Tu ne peux rien contre moi. »

Tu ne peux rien pour moi.

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MessagePosté le: Mer 3 Jan - 9:09
Bruce garde la main levée, tendue. Son visage demeure crispé, fragilisé par les épreuves, par la tension et par le trouble qui l’anime – et qui ne concerne pas uniquement la culpabilité d’être responsable du basculement, du sacrifice de Diana. Son âme est emportée par une tempête, une douleur qu’il n’arrive pas à identifier, qu’il ne veut pas identifier, mais qui l’anime… le motive.

Il conserve ses doigts tendus, donc, et attend.
Son cœur est serré, par la tension, la peur, la pression, l’attente.

Et, enfin… la réponse.
La réponse attendue. La réponse crainte. La réponse brutale. La réponse qui blesse.

Diana repousse sa main, rejetant violemment ses doigts contre lui ; la douleur physique est légère, la souffrance psychologique est terrible. Bruce prend néanmoins sur lui, et demeure de marbre, figé, immobile, stoïque et silencieux durant les réponses de la jeune femme.
Il l’écoute. Il analyse chaque mot, chaque parole, chaque argument.
Il prépare sa réplique.


« En effet. »

Qui ne tarde pas à venir – sitôt Diana a-t-elle terminé qu’il enchaîne, qu’il répond.

« Je suis Mortel. Je suis mort. Je suis… vieux, aussi.
Et tu es… une Amazone. Une guerrière. Jeune, immortelle, puissante. Et générale d’Arès. »


Les mots font mal, car ils sont vrais. S’il a pu se remotiver, se reprendre, se retrouver grâce à ses proches, il ne peut fuir ces paroles – ces faits.
Il est Mortel. Il est mort. Il est vieux.
Et elle… elle est Diana. Wonder Woman. Un océan, un continent, un monde, un Univers les séparent – mais cela ne change rien.


« Je ne peux rien contre toi. »

Lentement, prudemment, le Chevalier Noir s’avance, fait un pas – et se penche un peu en avant, pour souligner ses prochains mots.

« Mais je peux quelque chose pour toi. »

Sa voix se fait plus forte, plus déterminée.

« Je sais ce que tu es, maintenant – je sais ce que tu as fait. Je sais pourquoi tu l’as fait.
Jamais… jamais je ne pourrais te remercier, Diana. Jamais je ne pourrais te dire combien cela compte, combien cela me touche, combien cela m’importe. Jamais je ne saurais faire autant pour toi, que toi tu as fait pour moi – mais laisse-moi essayer. »


Sa voix, si puissante, se brise dans ce dernier mot. L’émotion perle, bondit à chaque souffle, à chaque mouvement de son visage.

« Laisse-moi te ramener. Laisse-moi t’aider. Laisse-moi… te sauver. »

Bruce relève sa main, celle qu’elle a refusé, celle qu’elle a rejeté ; et il la tend, à nouveau, vers elle.

« Je sais que tu peux anéantir l’A.R.G.U.S., je sais que tes pulsions nouvelles te le demandent, je sais quels monstres t’accompagnent… je sais, Diana. Je sais tout. »

Il est Batman ; il n’a même pas besoin d’expliquer comment, sa connaissance de l’ampleur des drames qui affectent Diana, celle qui compte tant pour lui, est évidence.

« Viens. Rejoins-moi. Abandonne Arès… et laisse-moi, laisse-nous t’aider. Je ne suis pas seul, tu ignores qui tient à m’aider et à te ramener – laisse-nous t’aider.
Quoi qu’Arès fasse, quoi qu’il tente, quoi qu’il décide, quoi qu’il ose… nous gérerons. Nous l’avons toujours fait. Et tu sais comment. »


Bruce s’avance encore d’un pas, et esquisse un sourire timide, faible, mais plein d’un espoir réel.

« Ensemble. »

Prudemment, il lève son autre main – et attend.
Il veut la sauver. Il veut la ramener. Il veut tout faire pour elle, comme elle l’a fait pour lui ; quelque soit le prix.

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MessagePosté le: Mer 3 Jan - 16:51
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Pourquoi n’abandonnait-il pas ? Oh, elle avait vu dans son éternelle détermination les meilleures qualités d’un leader, d’un guerrier, d’un défenseur de l’humanité par le passé. Elle avait vu dans sa façon de se relever, de faire face et de garder les dents serrées tant de choses à admirer. Kal-El n’était pas de ce monde, et, bien qu’ayant grandi comme tout autre terrien, il n’avait jamais été de ce monde, mais Bruce… Bruce était ce qu’il y avait de meilleur chez l’homme. Elle avait été favorisée par les Dieux, aidées par ces derniers, puisque les deux premiers hommes à qui elle s’était réellement attachée dans ce nouveau monde corrompu et injuste avaient été les deux meilleurs. Steve Trevor et Bruce Wayne.

Mais, bon sang, pourquoi n’abandonnait-il pas ? Ne voyait-il pas que ce n’était pas une bataille qu’il pouvait gagner, cette fois-ci. Il n’avait pas les armes nécessaires, il n’était même pas au courant des enjeux. Elle ne voulait pas de ses remerciements, elle ne voulait pas de ses mains tendues. Elle ne voulait pas de lui près d’elle. Elle voulait qu’il prenne sa détermination, son courage et ses qualités de guerriers, et qu’il s’en serve pour défendre le reste du monde. Pas elle. Elle ne le méritait plus. Pas après ce qu’elle avait fait. Et surtout, il risquait sa vie. Sans même s’en rendre compte, il risquait sa vie. Elle avait l’impression de voir une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, et elle ne le supportait pas.

Elle savait ce qu’elle avait fait, et elle en connaissait les raisons. Elle ne regrettait pas.

« Tu ne sais pas, » le contredit-elle, les dents serrées.

Elle jeta un regard autour d’elle, les muscles tendues, sa posture crispée et sur ses gardes. Quand elle reporta ses yeux sur Bruce, ils s’adoucirent légèrement, mais elle ne se détendit pas pour autant.

« Tu ne sais pas, » répéta-t-elle. « Si tu savais, tu ne serais pas là. Tu n’as aucune idée de ce que tu risques en me parlant de la sorte. »

Elle marqua une pause, le cœur bondissant contre sa poitrine. Au moindre faux-pas, elle craignait de voir Bruce s’écrouler à ses pieds. Elle avait déjà vécu cette situation une fois, et son esprit en portait encore les séquelles. Invincible, elle ? Foutaises. Cet homme, en face d’elle, cet hommes aux bras tendus tenait l’arme la plus dangereuse contre elle. Et elle le savait. Elle était terrifiée.

« Je me fiche de l’identité de celui ou celle qui tient à t’aider. Tu te trompes. Je ne suis plus un champ de bataille. Je suis une victoire, et pas la tienne. C’est trop tard, c’est fini. »

Elle jeta un de nouveau un regard nerveux autour d’elle avant de reporter son attention sur le Batman.

« Ecoute-moi bien, » finit-elle par souffler. Sa voix avait perdu toute trace d’agressivité, de fureur. Il n’y avait désormais que supplique et peur. « Si tu sais réellement pourquoi je me suis sacrifiée, pourquoi j’ai fait ce choix, alors tu dois me croire. Fais-moi confiance. Détourne-toi. Je ne devrais pas être ta priorité actuellement. »

Diana se mordit les lèvres pour empêcher la vérité de s’échapper. Elle ne pouvait rien dire des attaques prévues, des rencontres politiques et des alliances créées dans l’ombre. Mais il fallait qu’il comprenne, il fallait qu’il réalise que dans l’immédiat, elle était une cause perdue. Il fallait qu’il s’occupe de la défense du monde, qu’il prépare les héros pour Arès. Elle ne pouvait pas le ralentir. Et s’il avait réellement compris les raisons qui l’avaient poussée à s’offrir en sacrifice à Arès, à délaisser tout ce qu’elle avait pu être, alors il devait comprendre qu’elle n’abandonnerait jamais. Elle n’était pas la mission la plus urgente à cet instant, voilà tout.

« Laisse-moi partir, » reprit-elle. « S’il te plaît. »

Elle redressa la tête et son visage se ferma de nouveau, ses yeux se firent froids et distants. Elle glissa son épée hors de son fourreau et en baissa la pointe, l’éclat de la lame donnée par Arès malgré tout menaçant.

« Ne m’oblige pas à te forcer. »


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MessagePosté le: Jeu 4 Jan - 5:49
Bruce s’est ouvert à elle.
Bien plus qu’avec aucun, aucune autre. Bien plus loin qu’avec aucun, aucune autre. Bien plus profondément, bien plus tendrement, bien plus passionnément qu’avec quiconque.
Il s’est ouvert – il s’est offert, même. Pour la ramener. Pour la convaincre. Pour la sauver.

Et elle refuse.

Alors que Diana réplique, alors qu’elle rejette sa proposition, sa sollicitation, sa supplication, lui garde les mains tendues, le visage rongé par l’espérance ; il reste ainsi, longtemps.
Mais il finit par baisser les mains – par adopter à nouveau une expression figée et sombre.

Bruce le fait quand, après quelques mots habituels et prévisibles de refus, sur un ton arrogant et suffisant, Diana… lui dit quelque chose. Lui dit réellement quelque chose.
A ce moment, ce n’est plus la Générale d’Arès qui parle, ce n’est plus l’Amazone vaincue et corrompue – c’est bien elle. Wonder Woman. L’Héroïne. Diana. Sa Diana.
Elle lui parle, donc. Elle lui souffle quelques mots, quelques conseils, quelques paroles… quelques révélations. Et, quand elle termine, quand elle reprend ce ton agressif pour retrouver ce masque qu’elle se force, il le sait maintenant, à mettre – lui baisse les mains, donc.

Et il demeure silencieux pendant plusieurs instants, le regard fixé, derrière ses étranges lunettes, sur elle. Silencieux, donc. Et figé.
Mais cela ne dure pas.


« Je sais, Diana. »

Sa voix est lente, traînante. Elle n’est plus demandeuse, elle ne supplie plus ; elle est calme, posée. Déterminée, surtout.

« Je sais ce que tu as fait – pourquoi tu l’as fait. A qui tu as dû t’inféoder. Ce qu’il compte faire – de toi et de ce monde. Je sais, Diana… et ce que j’ignore, je l’envisage, je l’imagine. Je le crains. »

Wonder Woman ne sait rien, réellement, de ce qu’il a fait, de ce qu’il a lancé depuis qu’Arès l’a tué et qu’elle s’est sacrifiée pour lui. Le Dieu de la Guerre prépare une stratégie et a des plans pour dominer le monde ; il a sa tactique et la lance.
Mais Bruce, lui, agit aussi – et ses mouvements sont beaucoup plus simples à lire que ceux d’Arès.


« Et si je ne le laisserais pas agir… si je l’arrêterais… si je m’opposerais à lui… »

Le Batman déclare la guerre au Dieu de la Guerre.

« … je ne te laisserais pas partir. »

Un sourire triste, désespéré, glisse un instant, un instant à peine sur ses lèvres, avant de s’effacer dans les ombres.

« Tu peux me forcer à disparaître, tu peux me repousser, tu peux continuer à t’enfermer dans ce discours qu’il t’impose – tu peux me frapper, me battre, me blesser. Tu peux faire tout cela, tu en as le pouvoir.
Tu peux tout cela, Diana. »


Il soupire, secoue la tête – puis lève ses mains gantées pour les poser sur son masque, qu’il enlève lentement. Et révèle son visage, son vrai visage, rongé par la fatigue, la douleur de la voir ainsi, mais surtout une détermination absolue à l’emporter.

« Mais tu ne peux pas me forcer à te laisser partir. »

Bruce lâche le masque, qui tombe lourdement au sol… et il fait le pas qui le sépare de Diana, et pose doucement, tendrement, passionnément sa main sur l’épaule de la jeune femme.

« Tu as donné ta vie, ta liberté, tes valeurs, ton combat, ton âme… pour moi. Je sais ce que je risque. Je sais ce qu’Il risque et voudra me faire ; je sais.
Mais… je ne peux pas, Diana. Je ne peux pas te laisser. Pas après ce que tu as fait. Pas après… »


Sa voix se brise, ses lèvres s’entrouvrent ; il hésite. Il réfléchit. Il cherche.

« Je ne te laisserais pas partir, et tu ne pourras pas me forcer.
Quoi qu’il arrive – quoi qu’il en coûte – je me battrais. Pour toi. »


Un sourire, plein d’espoir, s’esquisse sur son visage.

« Et rien ne m’empêchera de te ramener. »

Il y croit – vraiment. Et il le fera.
Il se battra, contre Arès, contre ses plans, mais surtout pour elle ; pour la ramener. Pour la sauver.
Pour elle.

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